
D’un geste grave et flagada, peut-être faussé par la fatigue, bringueballant de gauche à droite, de bâbord à tribord, mes idées ensommeillées dérivaient entre quelques neurones à peine éveillés.
La vision de la télévision m’avait donné l’envie de replonger aussitôt dans le sommeil, de m’y abandonner. Était-ce le journal télévisé qui m’avait rendu si peu vif, si nonchalant ? Ces sujets racoleurs, conçus pour des téléspectateurs lobotomisés, décérébrés, sommés de contempler encore et encore le représentant autoproclamé des causes opprimées : ce « sauveur », ce « messie » que je trouve barbant, enquiquinant, épuisant. Il s’esclaffe, la bouche pleine de mensonges, fait le paon dans une roue de charlatanisme parfaitement huilée, se pavane devant les caméras, une véritable parade nuptiale.
Que voit-on alors, en dehors de « ce paon » ?
Un amas d’informations exhibant les prétendus bonheurs de nos sociétés : licenciements, chômage, entreprises qui ferment ou s’exilent, sacrifiées au profit d’un patronat pour lequel le gouvernement semble nourrir quelque complaisance.
Et les téléspectateurs chômeurs regardent leurs industries s’éloigner vers de plus verts pâturages de billets verts ; des dollars, non ces billets colorés européens, excluant, bien entendu, Madame l’Angleterre.